Janet, 18 ans, écrit...
« Il y a deux ans, c'était ma meilleure
amie et maintenant c'est mon ennemie ! Elle ne contrôle plus
ma famille et moi, parce qu'ensemble on l'a combattue. Je n’aurais
pas pu le faire toute seule. Je n’aurais pas pu aller à la fac sans
ma mère et l'infirmière scolaire qui m'ont convaincue de voir une
équipe spécialisée... Ça leur a pris six mois! J'étais vraiment
têtue! Je veux parler de l'ANOREXIE.
J'avais quinze ans quand ça a commencé
avec des copines. On a fait le régime "mers du sud". Elles, elles
ont abandonné, mais moi j'ai tenu. Ça doit être l'esprit de
compétition.
À la maison, il y avait trop de pression pour
les notes. Mais là on en parlait moins. Je suis devenue obsédée par
les calories, je tenais même un journal alimentaire. Je perdais du
poids mais je me sentais encore énorme et laide et je voulais
toujours perdre plus...mes amies ont essayé de m'arrêter et m'ont
dit qu'elles s'inquiétaient...mais je trouvais ça ridicule.
Doucement, j’ai arrêté de sortir. Je préférais
rester à la maison et faire des abdos. J’ai pensé prendre des
pilules amincissantes mais j’avais un peu peur alors j’ai plutôt
pris des laxatifs. Je ne pensais qu’à perdre du poids. Prendre un
gramme m’effrayait à en mourir. Je me sentais triste et fatiguée.
Au pire moment, mes doigts et mes orteils sont devenus bleus.
Alors, j’ai accepté de voir le service de
santé mentale pour enfants et familles. J’y ai vu une infirmière,
un psychiatre, un psychologue et un thérapeute familial.
J’ai pu avoir un rendez-vous individuel chaque
semaine pour parler et pour avoir un suivi médical. Avec le
thérapeute familial, on a eu du temps pour discuter en famille… ça
a semblé très important pour tous, surtout pour mon père qui
trouvait difficile de comprendre ce qu’était l’anorexie. C’était
dur et par moment on a crû jeter l’éponge. Mais l’équipe du centre
nous a soutenus et rassurés quand il le fallait.
Aujourd’hui, ce n’est pas toujours facile,
mais je crois vraiment qu’on a fait le plus dur. »